Electrelane

Ce n’est pas tous les jours que l’on tombe sous le charme total d’un nouvel artiste. De quatre en fait. Quatre filles du groupe anglais Electrelane qui viennent de refaire quelques concerts, et particulièrement un à Saint-Malo pour la Route du Rock.

Si le groupe est souvent défini comme un croisement entre Stereolab et Mogwai ou entre Stereolab et Sonic Youth… comment j’ai pu passer à côté jusqu’il y a quelques jours !

Pour en savoir plus.

Et surtout pour écouter.

Et pour voir. (durant 81 jours à la date d’aujourd’hui)

 

 

La musique connaît les frontières

Pas facile de rester dans l’écoute ou le téléchargement légal dès lors que l’on souhaite sortir du « marché » national. A priori on pense qu’Internet est international, c’est même l’un de ses intérêts premiers. Oui, mais pas toujours.

Illustration. Je découvre grâce à Télérama (quoi de plus français ?) l’excellent site musical Pitchfork (américain) consacré à la musique indé. On y trouve quantité d’albums critiqués, notés, etc… bref ça donne envie d’écouter. Parfait, à la droite de chaque critique s’incruste un petit player de la société Lala, on clique sur le premier morceau et on a … un extrait de quelques secondes. Ok, c’est comme sur un site de vente. Par acquis de conscience je vais sur le site de Lala directement et c’est du streaming, 7 millions de chansons disponibles, pas mal, et toutes les nouveautés indés (et mainstream aussi : Annah Montana, Beyoncé…). Re-parfait, je sélectionne mon album, au hasard le dernier de Dirty Projectors « Bitte Orca« , je ne connais pas mais il a la note de 9.2/10 sur Pitchfork donc ça semble mériter une écoute. Et voilà… un pop-up « Unfortunately, Lala is currently only available to people in the US. We are working feverishly to expand internationally, so please stay tuned. » US only, ben, le reste du monde peut pas écouter… On subodore une sombre histoire de droits.

Qu’importe, les français ne sont pas absents de la scène du streaming, allons du côté de Deezer… pas de chance, l’album n’y figure. Pas plus d’ailleurs que la majorité de ceux que Pitchfork distingue. Même chose chez Jiwa. Le CD est bien vendu chez Amazon et la Fnac, mais la encore, pas de téléchargement possible (juste une écoute d’extraits chez la Fnac). Attribuons la responsabilité de ça au label.
Autre essai avec l’album « Veckatimest » de Grizzly Bear (note 9.0) : idem chez nos streamers, inconnu. Presque idem chez nos « disquaires » : vendu, en écoute limitée chez les deux, mais téléchargeable chez Amazon.
Autre essai, « Actor » de St. Vincent : en écoute chez Deezer, inconnu chez Jiwa, vendu et téléchargeable en mp3 chez Amazon et la Fnac. Juste une remarque : le CD vaut 14,47€ chez l’un et 19€ chez l’autre, même prix (9,99€) pour les mp3… Puisqu’on parlait des USA, les prix chez Amazon US : 13,49$ le CD et 8,99$ les mp3, soit au change actuel : 9,50€ le CD et 6,33€ les mp3… Soit le CD moins cher que les mp3 chez nous ! Une telle distorsion sur les prix doit bien avoir une explication… notre TVA à 19,6% ? Pas seulement.

Voilà qui pourrait donner matière à réflexion à nos députés pour la loi Hadopi, si ce n’était trop tard.

Expérience à mener : acheter des mp3 sur Amazon US pour voir le prix final (pas de port, taxes ?)

Résultat de l’expérience : « Please note that AmazonMP3.com is currently only available to US customers. »

MP3 shopping

Les offres actuelles de la FNAC et d’Amazon, offrant le téléchargement d’albums  en MP3 pour 2,99 €, m’ont subitement motivées à passer le pas et à faire un test comparatif.

A première vue, avec 500 albums à ce tarif (contre 300 pour la FNAC) Amazon part grand favori, d’autant que sa boutique MP3 est rodée de longue date outre Atlantique.

Mais si la FNAC se montre un peu pingre en terme de volume , elle se rattrape sur le reste. Tout d’abord en terme de qualité, une partie des albums sont fournis avec un codage en 320 kbits (contre 256 kbits ou moins pour Amazon). Avec les quatre albums venant de la FNAC, j’ai la pochette et pour l’un une interview en vidéo du chanteur (Peter Doherty). Rien de tel pour les quatre provenant d’Amazon.

Enfin, le téléchargement se fait plus facilement dans la boutique française. Je rappelle que je suis sous Linux mais cela ne change rien de fondamental. Côté FNAC : une simple extension à Firefox sous forme d’un gestionnaire de téléchargement, rapide, facile. Côté Amazon : il faut télécharger une application « Amazon MP3 Downloader » qui existe en différentes versions selon les OS et les distributions Linux (pas toutes, juste les quatre plus diffusées aux Etats-Unis).Une fois installé c’est tout aussi simple mais beaucoup plus lourd et contraignant.

Cerise sur le gateau, si vous perdez vos fichiers MP3, la FNAC autorise de les télécharger  à nouveau… pas Amazon. On se demande à quoi sert l’historique des commandes, alors…

Évidemment, cette opération à 2,99€ est très limitée dans le temps, mais peut-être annonce-t-elle une vrai début de concurrence sur le secteur du téléchargement musical et le début de prix plus en rapport avec le service offert.

La guerre du streaming audio

Deezer ayant été célébré par le gouvernement lors des discussions Hadopiennes (belle consécration pour un site dont les débuts furent plutôt classés du côté des pirates…), un regain d’intérêt se manifeste pour les divers sites de streaming audio. Orange vient même de lancer le sien : WorMee.

Un comparatif serait intéressant. En attendant j’ai testé un peu Jiwa, ça ressemble beaucoup à Deezer, en moins flashy. La base de titres semble aussi un peu moins fournie mais c’est assez rapide, ergonomique et sans pub (pour le moment).

Pour illustrer, une toute petite compil’ des titres qui ont illuminés mon adolescence (parfois tardive). Je la complèterai par la suite.

Le salaire du créateur

Le projet de loi Hadopi aura peut-être pour seul mérite, voire pour seul effet, de remettre sur le devant de la scène la question de la « nécessaire rémunération des artistes ». Posé comme ça, c’est à dire comme un menhir dans une lande bretonne, ça semble une évidence éternelle qu’un artiste doit être rémunéré. Derrière le préchi-précha que tout le monde a le droit de vivre de son travail, on en arrive à considérer la création artistique comme un « travail » et c’est là que le bat blesse comme on dit.

Je ne suis pas du tout spécialiste de la question du droit d’auteur, mais il me semble que le droit patrimonial n’a jamais signifié que l’art était une marchandise comme les autres, quoiqu’en ai pensé Warhol (mais est-ce si sûr ?). Il me semble normal que, lorsqu’une exploitation commerciale est faite du travail d’un artiste, celui-ci ai le droit de percevoir une somme d’argent qui pourra être forfaitaire ou/et un pourcentage sur le produit de la vente. Le créateur ou l’interprète est rétribué dans ce cas, c’est légitime, et on pourra s’étonner qu’il le soit si peu, en pourcentage sur le prix total du produit, alors qu’il en est lui même la valeur intrinsèque. Vous achèteriez un CD d’Universal ? non, vous achetez un CD de Thomas Dutronc ou de Yves Simon. Universal on s’en fout. Le disque serait auto-produit, pour nous, le client, ce serait la même chose. Sauf qu’il serait sans doute moins cher et qu’il rapporterait davantage à son auteur.
Mais là n’est pas la question. J’achète un CD (ou un DVD) : c’est à la fois un objet (parfois esthétique, informatif, valorisant), une technologie (j’achète une qualité sonore irréprochable, du moins en théorie) et un contenu. Mais il faudrait distinguer : si j’achète bien un objet CD, je ne fait que bénéficier (ou pas) d’une technologie et je n’ai aucune possession sur le contenu. En fait, je ne paie pas le contenu. Je paie pour l’obtenir c’est tout. La preuve en est, que j’ai parfaitement le droit de le faire entendre à toutes les personnes présentes chez moi (il n’y a que l’exécution publique qui donne lieu à l’intérêt de la SACEM), que je peux le prêter à qui je veux, le revendre, le donner, etc. et que je peux l’écouter autant de fois que je veux. Ce n’est pas l’auteur qui me donne ces droits là, c’est juste la possession de l’objet CD.

Je plains les producteurs et techniciens de disques : le système qui génère pour une bonne part leurs revenus, qui a été mis en place et jamais révisé par les maisons de disques, repose sur le commerce d’un objet. Supprimez l’objet, il n’y a plus de revenus directs. Cela a fait la fortune des maisons de disques (les « majors ») et cela fera la paupérisation et peut-être la disparition, sous leur forme actuelle, des métiers de la musique. Les compagnies, pour leur part, réviseront leur « business plan » et trouveront d’autres débouchés, quitte à réduire beaucoup la voilure. Mais ce sont les bénéfices qui comptent, peu importe le chiffre d’affaire.

Si je télécharge le même album sur Internet, j’ai le choix entre un téléchargement dit légal, donc payant et cher (pratiquement le même prix que le bon vieux CD que je reçois le lendemain en commandant par un disquaire en ligne) et le téléchargement dit illégal, donc gratuit. Pendant quelques temps les fichiers téléchargés légalement avaient la particularité d’être bridés de plein de manières diverses et variées, mais avec la généralisation du format MP3 et l’abandon des DRM ils sont devenus aussi utilisables, et parfois meilleurs techniquement, que les fichiers illégaux. Un vrai progrès, en somme. Sauf que les fichiers légaux sont condamnés à se retrouver sur les serveurs illégaux… et la boucle est bouclée. Le problème de la musique dématérialisée est insoluble.
Ce qui explique aussi que la seule réponse qu’ait trouvé le gouvernement soit une usine à gaz juridique et technique qui débouche inévitablement sur une utopie de filtrage intégral du net français. Et qui ne rapportera rien de plus au créateurs, donc de moins en moins, en suivant la même pente que celle de la vente de CD.

Si on repose le problème de façon plus provocatrice : les artistes ne sont pas des salariés ni des artisans, s’ils vivent de leur création c’est un privilège rare mais rien ne semble justifier qu’il faille payer à priori pour pouvoir les entendre, les lire ou les voir. Eux-même ne devraient pas le souhaiter mais plutôt désirer que leur création soit le plus largement accessible, librement, à tous. Internet permet cela, tout comme les bibliothèques. Que l’on paie pour les voir en concert, pour obtenir des mises en support ou en valeur de leur création, des produits dérivés…, évidemment. C’est aussi une manière pour leur public de soutenir leur travail et il en a toujours été ainsi.

Le vrai danger c’est la destruction du tissu professionnel qui permet aux artistes de réaliser leurs oeuvres. Et c’est pourquoi la licence globale est bonne. Quelle autre dispositif permettrait de continuer à irriguer la profession de façon régulière et responsable ? Tout comme la taxe sur la copie apposée aux support de stockage, qui sans autoriser la copie hors du cercle de famille, permet d’en compenser la pratique, la licence globale ne légaliserait pas la contrefaçon lucrative mais dépénaliserait la copie personnelle donc le P2P.

J’en suis là dans mes réflexions…

Neulander (Smoke + fire) : l’album sorti de nulle part

Neulander est une énigme pour moi. Comment ces deux-là ont pu produire en 2004 un album miraculeux (pour moi, s’entend) et disparaitre de la scène, je ne me l’explique pas. Miraculeux à plus d’un titre : il est rare que j’ai autant écouté un disque et à chaque fois retrouvé les mêmes émotions ou encore d’autres. Et ce disque est difficile à classer, complexe, croisement de toutes sortes d’influences et pourtant sobre, simple et presque minimaliste. Survolé par une voix étrange et étrangère. (*)

Neulander c’est le groupe. On a juste les informations fournies par leur label Disko B ici et . Et abondamment reprises partout.

Et une page MySpace.

Pour résumer, Neulander c’est l’association, pour un album, de Korinna Knoll, artiste graphiste et chanteuse d’origine autrichienne et de Adam Peters, anglais .  Si la première semble pratiquement inconnue, le second est un musicien renommé, violoncelliste, compositeur et surtout arrangeur et instrumentiste pour des groupes anglais phares des années 80 : Echo and The Bunnymen, Souxie and The Banshees ou encore Lloyd Cole.

Il s’installe à New York ensuite, où il travaille sur des musiques de films et de séries TV. C’est là qu’il rencontre Korinna Knoll. Le couple, marié dans la vie, travaille ensemble sur le projet Neulander. Leurs premiers enregistrements ( CD 4 titres « Sex, God + Money ») en 2003 sont remarqués par le New York Times et la critique musicale. L’année suivante sort l’album 10 titres « Smoke + fire » et une tournée américaine puis européenne (Allemagne, Autriche) jusqu’en 2005.

Le couple quitte New York cette année-là pour s’installer en Californie à Joshua Tree dans le désert. Les motivation de Adam Peters  : «  »Nous avons voulu vivre au milieu de nulle part à proximité de quelque chose. Nous avons suffisamment visité de galeries d’art et avons été à suffisamment de concerts et je n’ai pas envie de voir ou d’entendre quoi que ce soit d’autre. Tout ce que je voulais faire était de travailler. » (source)

Sur la page MySpace on peut écouter deux morceaux inédits et voir deux photos : une de concert et une de leur jardin sans doute : un hamac, des cactus, un foyer éteint et un lapin en spectateur.

Découvrez la playlist Neulander avec Neulander

(*) qui n’est pas sans me faire penser à celle de Lætitia Sadier
la chanteuse de Stereolab.

Mogwai : la plaine et l’orage

Mogwai est depuis plusieurs années l’un de mes groupes favoris. Je pourrais néanmoins tirer ici une assez longue liste… mais les groupes dont on attend la possibilité d’un concert, que l’on se réserve pour une rencontre à venir, ne sont pas si nombreux finalement (Wedding Present, Stereolab, Smashing Pumpkins, Portishead, Chemical Brothers, Air, …)

Quand j’ai vu qu’ils passaient en concert à l’Astrolab à Orléans je n’ai pas trop eu d’hésitation. C’était le mois dernier et je suis toujours sous le choc.

Difficile de décrire cette musique assez austère et pas toujours « aimable ». La classification post-rock en vigueur n’a pas de sens précis. Mogwai ce sont des morceaux le plus souvent instrumentaux, faits de ruptures plus ou moins violentes entre des plages immenses d’un paysage sonore se déployant peu à peu vers le lointain (l’influence de leur Écosse natale peut-être) et des murs de sons opaques et presque palpables. Merci d’ailleurs à l’ingénieur du son qui obtient ce miracle que les tympans soient toujours fonctionnels après ces concerts…

Musique en suspension, en lévitation pourrait-on dire à moins que ce ne soit l’auditeur, portée par des musiciens d’une précision horlogère. Association parfaite des lignes de guitares et de la musique électronique. Héritiers tout autant de Sonic Youth que de Steve Reich.

L’album live « Government Commissions : BBC » en est le témoignage fidèle.


Découvrez Mogwai!