La musique connaît les frontières

Pas facile de rester dans l’écoute ou le téléchargement légal dès lors que l’on souhaite sortir du « marché » national. A priori on pense qu’Internet est international, c’est même l’un de ses intérêts premiers. Oui, mais pas toujours.

Illustration. Je découvre grâce à Télérama (quoi de plus français ?) l’excellent site musical Pitchfork (américain) consacré à la musique indé. On y trouve quantité d’albums critiqués, notés, etc… bref ça donne envie d’écouter. Parfait, à la droite de chaque critique s’incruste un petit player de la société Lala, on clique sur le premier morceau et on a … un extrait de quelques secondes. Ok, c’est comme sur un site de vente. Par acquis de conscience je vais sur le site de Lala directement et c’est du streaming, 7 millions de chansons disponibles, pas mal, et toutes les nouveautés indés (et mainstream aussi : Annah Montana, Beyoncé…). Re-parfait, je sélectionne mon album, au hasard le dernier de Dirty Projectors « Bitte Orca« , je ne connais pas mais il a la note de 9.2/10 sur Pitchfork donc ça semble mériter une écoute. Et voilà… un pop-up « Unfortunately, Lala is currently only available to people in the US. We are working feverishly to expand internationally, so please stay tuned. » US only, ben, le reste du monde peut pas écouter… On subodore une sombre histoire de droits.

Qu’importe, les français ne sont pas absents de la scène du streaming, allons du côté de Deezer… pas de chance, l’album n’y figure. Pas plus d’ailleurs que la majorité de ceux que Pitchfork distingue. Même chose chez Jiwa. Le CD est bien vendu chez Amazon et la Fnac, mais la encore, pas de téléchargement possible (juste une écoute d’extraits chez la Fnac). Attribuons la responsabilité de ça au label.
Autre essai avec l’album « Veckatimest » de Grizzly Bear (note 9.0) : idem chez nos streamers, inconnu. Presque idem chez nos « disquaires » : vendu, en écoute limitée chez les deux, mais téléchargeable chez Amazon.
Autre essai, « Actor » de St. Vincent : en écoute chez Deezer, inconnu chez Jiwa, vendu et téléchargeable en mp3 chez Amazon et la Fnac. Juste une remarque : le CD vaut 14,47€ chez l’un et 19€ chez l’autre, même prix (9,99€) pour les mp3… Puisqu’on parlait des USA, les prix chez Amazon US : 13,49$ le CD et 8,99$ les mp3, soit au change actuel : 9,50€ le CD et 6,33€ les mp3… Soit le CD moins cher que les mp3 chez nous ! Une telle distorsion sur les prix doit bien avoir une explication… notre TVA à 19,6% ? Pas seulement.

Voilà qui pourrait donner matière à réflexion à nos députés pour la loi Hadopi, si ce n’était trop tard.

Expérience à mener : acheter des mp3 sur Amazon US pour voir le prix final (pas de port, taxes ?)

Résultat de l’expérience : « Please note that AmazonMP3.com is currently only available to US customers. »

Partager/Marquer

MP3 shopping

Les offres actuelles de la FNAC et d’Amazon, offrant le téléchargement d’albums  en MP3 pour 2,99 €, m’ont subitement motivées à passer le pas et à faire un test comparatif.

A première vue, avec 500 albums à ce tarif (contre 300 pour la FNAC) Amazon part grand favori, d’autant que sa boutique MP3 est rodée de longue date outre Atlantique.

Mais si la FNAC se montre un peu pingre en terme de volume , elle se rattrape sur le reste. Tout d’abord en terme de qualité, une partie des albums sont fournis avec un codage en 320 kbits (contre 256 kbits ou moins pour Amazon). Avec les quatre albums venant de la FNAC, j’ai la pochette et pour l’un une interview en vidéo du chanteur (Peter Doherty). Rien de tel pour les quatre provenant d’Amazon.

Enfin, le téléchargement se fait plus facilement dans la boutique française. Je rappelle que je suis sous Linux mais cela ne change rien de fondamental. Côté FNAC : une simple extension à Firefox sous forme d’un gestionnaire de téléchargement, rapide, facile. Côté Amazon : il faut télécharger une application « Amazon MP3 Downloader » qui existe en différentes versions selon les OS et les distributions Linux (pas toutes, juste les quatre plus diffusées aux Etats-Unis).Une fois installé c’est tout aussi simple mais beaucoup plus lourd et contraignant.

Cerise sur le gateau, si vous perdez vos fichiers MP3, la FNAC autorise de les télécharger  à nouveau… pas Amazon. On se demande à quoi sert l’historique des commandes, alors…

Évidemment, cette opération à 2,99€ est très limitée dans le temps, mais peut-être annonce-t-elle une vrai début de concurrence sur le secteur du téléchargement musical et le début de prix plus en rapport avec le service offert.

Recharger son e-book à l’e-bib (partie 2)

On a vu que l’idée d’Amazon pour faire exister le e-book repose sur un concept global ou le lecteur (la liseuse) est une sorte de terminal vers le magasin Amazon qui lui est dédié. Mais pas seulement, car les leçons d’expériences malheureuses avec des solutions trop fermées ont portées leurs fruits. Le Kindle est aussi capable d’accéder à Internet, de lire des fichiers PDF ou Word et d’envoyer des emails. Tout cela de façon très limitée, il va sans dire, le produit n’a pas vocation a être détourné de son usage premier : commander chez Amazon.

Transposons toute cette belle mercatique à nos bibliothèques…

Tout d’abord, qu’en est-il des e-books (les livres) en bibliothèques ?

Au travers des offres de librairies virtuelles comme Numilog ou Cyberlibris certaines bibliothèques permettent le prêt ou la consultation en ligne de documents, le plus souvent en format PDF. La proposition est intéressante, permettre la lecture d’ouvrages sans qu’il soit nécessaire de se rendre à la bibliothèque, mais souffre à mon sens de nombreuses limitations gênantes (observations faites suite à un survol rapide, il est vrai) :

- les offres des bibliothèques sont assez limitées en nombre de titres (j’ai noté un maximum de 1200 titres pour une BU mais souvent il s’agit de quelques centaines voire quelques dizaines de titres)

- la multiplicité des formats de fichiers rendus nécessaires par les diverses plates-formes disponibles (ordinateurs, PDA, mobiles), même si le PDF est toujours disponible mais avec des incompatibilités de version selon les cas, rend le choix difficile

- les limitations de droits sur ces fichiers selon leur origine et leur nature (impression, copie, transfert, etc… possibles ou non)

- l’absence d’interopérabilité (la plate-forme Windows est nettement privilégiée et parfois seule fonctionnelle)

Pour résumé, on ressent un intérêt des bibliothèques pour les e-books, sans doute une volonté de ne pas prendre de retard sur une offre en plein développement, mais aussi une certaine prudence liée probablement à l’incertitude face à la demande, à la complexité des technologies proposées et à leur manque de souplesse et de confort.

Il est vrai que, si la consultation d’un documentaire sur un écran d’ordinateur est pratique, la lecture d’un roman est beaucoup plus pénible. Ce qui explique, je pense, que certaines bibliothèques proposent essentiellement des documentaires alors que l’offre des librairies virtuelles est beaucoup plus large. Si l’ordinateur, trop statique ou trop lourd, et le PDA ou son successeur le mobile de dernière génération (Smartphone, iphone) à l’écran trop petit, sont inappropriés pour une lecture plaisante et similaire à celle d’un livre imprimé, le lecteur d’e-book est lui totalement conçu dans ce but. Je suis convaincu que la « lecture », et non pas la « consultation » de livres électroniques, ne peut passer que par un outil spécifique capable d’apporter un enrichissement de l’usage du livre sans trop retirer à ce qui fait la commodité de l’imprimé.

Par ailleurs, en offrant la possibilité de changer la taille des caractères sans difficulté, en étant parfois capable de lire des textes audio, la liseuse électronique peut apporter beaucoup au public souffrant de difficultés de vue.

Le prêts de lecteurs d’e-books en bibliothèque se heurte à quelques difficultés et en premier lieu au prix des appareils. Une expérience menée par une bibliothèque en Espagne résume bien la situation. Alors, instrument pour publics spécifiques, outils pour professionnels ou étudiants ? Dans un premier temps, on peut envisager de cibler quelques besoins très bien identifiés et de proposer le prêt de liseuses à ces publics. Mais cela ne sera pas satisfaisant longtemps, surtout si l’usage s’en répand peu à peu, notamment par le biais du monde du travail comme outil de consultation de documentation ou d’archives (littérature grise). Après tout, c’est ainsi que l’informatique est entrée dans les maisons.

Une autre voie pourrait être la diffusion d’un lecteur d’e-book spécialement conçu pour les bibliothèques. Cela fera l’objet de la troisième partie de cet article.

Recharger son e-book à l’e-bib (partie 1)

Après un faux départ au début des années 2000, les lecteurs de livres électroniques, ou ebooks readers (ou liseuses, plus joli),  reviennent en force sur le devant de la scène. Le dernier CeBIT d’Hanovre a permis la présentation de produits originaux, à côté des nouveaux modèles de Sony et Amazon, acteurs dominants du marché.

Une liseuse c’est un lecteur de fichiers textes offrant un confort de lecture proche de l’imprimé grâce à une technologie d’encre électronique (micro billes sans rétro-éclairage).
Je n’aborderai pas ici le problème, fondamental, des formats de fichiers utilisés par ces appareils, du manque d’interopérabilité et de la présence de DRM, véritables OGM du numérique. Cela fera l’objet d’un prochain article.

La question qui m’intéresse est : Comment les bibliothèques pourront intégrer ces livres dans leur offre, sous quelle forme et en premier lieu pour qui et pourquoi ?

On peut partir de deux  constats : 1) la majorité de la population française n’achète jamais de livres ou à peine quelques unités  par an. 2) un lecteur d’e-book coûte environ 300€ soit le prix d’une quinzaine de romans format standard ou d’une quarantaine de poches. Mais sans avoir les textes qu’il faut acheter ensuite et parfois à des prix très proches de l’édition papier (de nombreux textes sont gratuits ou libres, il est vrai). On en conclura que l’immense majorité de la population n’achètera pas de liseuse puisqu’aux non-lecteurs il faut ajouter les lecteurs désargentés et les lecteurs attachés au papier (et ils sont nombreux depuis le temps). Ne parlons même pas de tout ceux qui sacralisent exagérément l’objet livre même lorsque celui-ci est imprimé en centaine de milliers d’exemplaires sur du vilain papier.

Il est vrai que cet objet simpliste n’est pas dénué d’intérêt : léger, biodégradable en partie, bon marché en occasion, disponible à profusion, on peut le prêter, donner, annoter, etc… et il fait toujours un cadeau apprécié. Mais il est encombrant. Très encombrant même, lorsqu’il se met à proliférer sur tous les meubles de la maison ou dans les cartons de déménagement.

De ce point de vue, le lecteur d’e-books semble une réponse idéale : faire tenir toute sa bibliothèque (de livres textuels seulement, car l’e-book est monochrome pour quelque temps encore,  la collection de livres d’art restera encore longtemps sur les étagères) dans une tablette fine comme un magazine un peu épais, est un Graal pour beaucoup de lecteurs compulsifs et mobiles. Nous n’en sommes pas encore là mais c’est l’idée.

Compulsif, mobile et argenté : l’acheteur est membre d’une élite ou il a un usage professionnel de la lecture.  Les tarifs et les chiffres de ventes l’illustrent bien : quelques milliers d’exemplaires pour l’ensemble des modèles en 2008.
Mais il est vrai que le leader n’est pas présent sur notre marché : Amazon a révolutionné la liseuse avec son Kindle. Un concept global : un périphérique Amazon pour acheter des livres électroniques sur Amazon, avec des tarifs très attractifs. Si cela vous rappelle le concept Ipod + Itunes ce n’est fortuit. Le succès a été au rendez-vous aux Etats-Unis, relançant du même coup tout l’intérêt autour du e-book pour les industriels, qui espèrent un appel d’air dans le sillage du Kindle, tout comme l’Ipod à fait exploser le marché des lecteurs MP3. Mais aussi pour les éditeurs et les e-libraires impatients de trouver de nouveaux débouchés et un modèle économique délivré de la gestion des stocks.

Les bibliothèques dans tout ça ?  Nous verrons dans un prochain d’article qu’il pourrait y avoir de bonnes idées à prendre dans le modèle Amazon… pour faire une proposition ouverte, libre et populaire. Soyons fous.

Pour en savoir plus sur le sujet :

Une courte histoire du ebook

: pas si courte en réalité et passionnante. (2009)

Dossier « De l’encre à l’écran » sur Ecrans (Libération) (2009)