Versailles a-t-il (encore) une âme ?

La saison des ponts et des week-ends à rallonge peut être l’occasion de sorties familiales aussi culturelles que dépaysantes. Lorsqu’on habite en province, cette vaste zone indifférenciée qui n’a pas les Tours Eiffel et Montparnasse émergeant de l’horizon (brouillé), ces sorties peuvent avoir pour destination l’Ile de France et comble de l’originalité, le château de Versailles. Les enfants servent habituellement de prétexte (éducatif) mais c’est un peu moins hypocrite que pour Disneyland.

Cela faisait environ huit ans je ne n’y étais pas allé et je me faisais un plaisir de retrouver l’atmosphère baroque et rêveuse des parcs et jardins. Ces promenades sans fin, de bosquets en fontaines, de parterres fleuris en bois secrets. Ces perspectives étonnantes sur le grand canal, ces ruptures de style depuis le bassin d’Apollon jusqu’au domaine de la reine.

Las. C’était sans compter qu’un jour férié le parc du château est cadenassé pour cause de grandes eaux (j’avais projeté en cette première journée, une traversée jusqu’à Trianon) et, quelques kilomètres de marche sous le soleil plus tard, que le domaine de Trianon est devenu intégralement payant. Ce qui signifie que toutes les grilles sont closes hors guichets. Autant payer pour visiter les châteaux semblait sinon normal, pour un domaine national, du moins compréhensible (usure, dégradations, personnel), mais payer pour se promener dans des jardins me semble plus discutable, même si le prix est raisonnable et qu’il regroupe jardins + châteaux, décourageant de fait la simple promenade. Le mesure semblait dater de 3 ans environ (information rabâchée par les gardiens fréquemment interpellés : le peuple n’a pas oublié que Versailles lui appartient).

La dîme ayant été prélevée (10€ par adulte, gratuité pour les enfants) on accède enfin aux jardins de Trianon et c’est là que la monétarisation du site prend toute son absence de sens… passer du grand au petit Trianon s’apparente à un vrai jeu de piste : grilles fermées, cul de sacs en tout genre, signalisation quasi-inexistante. Le visiteur doit être dans une excellente forme physique car il ne lui sera épargné aucun détour, revirement, repassage sur ses traces. Du moins s’il persévère jusqu’à trouver le fameux petit pont qui rattache les deux domaines.

N’espérez pas, depuis le grand Trianon, lorsque vous débouchez sur cette perspective majestueuse vers le grand Canal, descendre le magnifique double escalier et poursuivre votre promenade le long des eaux calmes. Cadenassé.

Alors, lorsqu’on a connu avant… La fluidité des espaces, la liberté de déambuler sans but et sans contrainte, les surprises des points de vue inespérés, des passages mystérieux, la sensation de cheminer hors du temps… On se sent aussi un peu cadenassé. Et on apprécie la beauté des lieux, mais on ne goûte pas. Comme si l’essentiel n’y était plus.

Ballard et « La route »

La mort récente de J.G. Ballard m’a rappelé à quel point j’ai aimé ses livres, il y a quelques années. Et je ne pense pas particulièrement à des titres comme Crash ! ou I.G.H, dont l’originalité et la violence moraliste sont reconnus de tous, mais plutôt à ses premiers romans écrits dans une veine post-apocalyptique : Le Vent de nulle part, Sécheresse et le Monde englouti.

La lecture en continu des trois textes n’est d’ailleurs pas recommandée, tellement ce sont des déclinaisons proches d’une même thématique : à la suite d’une catastrophe naturelle majeure (provoquée ou pas par la mauvaise gestion écologique des hommes) quelques rescapés doivent reconstruire une vie possible malgré la nature (très) hostile et le retour vers la barbarie des survivants. Ce qui fait la force de cette science-fiction moderne, c’est la qualité de l’écriture. A la fois poétique, lyrique, précise et cinématographique. Ballard est un styliste discret et un moraliste impitoyable. (Pour un versant plus encore poétique et baroque de son oeuvre, je conseille très chaleureusement la lecture de Vermilion Sands).

J’en étais là de mes remémorations ballardiennes en apprenant sa mort à la radio (France Inter ou Info, c’est dire l’influence de ce presque octogénaire britannique sous nos contrées moins sensibles à l’anticipation habituellement).

Et s’imposa le lien avec le seul livre qui m’ait vraiment capté ces derniers mois : La route de Cormac McCarthy. Non pas que je sois particulièrement adepte du genre post-apocalyptique, même si, à la réflexion, cela a souvent produit des choses intéressantes notamment sur le plan esthétique. Mais il me semble qu’il y a chez McCarty comme chez Ballard une vibration semblable, ce goût du désastre, la beauté de la catastrophe et l’horreur de l’homme livré à ses instincts. Mais aussi la beauté de l’humanité lorsqu’elle transcende l’animal et sa fragilité. Le grotesque enfin : réduit à pousser un chariot de supermarché sur des routes infestées de presque « zombis » cannibales, l’homme se poursuit dans le souvenir de ce qu’il a perdu au risque de s’y dissoudre et s’y perdre.

A quarante ans d’écart, la catastrophe de McCarthy est étrangement semblable à celle de Ballard, écologique, culturelle et morale. Mais le propos est pourtant radicalement différent : au positivisme concret de Ballard (qui n’exclut pas un pessimisme primordial) s’oppose la vision biblique (ou anti-biblique) de McCarthy. Au bout de la route, ce sera la renaissance ou la disparition mais l’héritier (le fils) est bien le porteur de l’humanité, la petite flamme vacillante que lui transmet le père, dernier témoin d’un monde à jamais effacé des mémoires, ne subsistant plus que par ses épaves.

Pour Ballard, l’enfant n’est pas forcément un héritier, il peut être une menace, contre l’ordre établi, contre la civilisation. Et le premier à s’adapter à une barbarie en laquelle il meut librement. (cf. le terrifiant Sauvagerie (Running Wild d’abord traduit Massacre de Pangbourne ) ou même les souvenirs d’enfance de Ballard dans Empire du soleil).

McCarthy est plus contemporain : il constate mais ne répond pas. Car le sens est dans le lecteur, donc dans la littérature. Pas ailleurs. Seule la nature, détruite, frémissante, suffocante, impose sa magistrale indifférence.

Vacances et ponts

Le printemps est une belle saison à plus d’un titre. Et le mois de mai son apothéose. Vacances scolaires, ponts, week-ends prolongés… tout concours à ce que le travailleur blême à sa sortie des mois de faible ensoleillement, retrouve une énergie nouvelle dans la « pose » de ses jours de congés.

L’activité blogesque (bloguesque ?) souffre également en cette période, si j’en crois la faible activité d’actualisation de mon Google Reader. Et cela ne touche pas que la biblioblogosphère, s’il n’y avait l’actualité Adopi-enne, même le macrocosme technophile se laisserait volontiers aller à une pause champêtre loin de tout accès ADSL.

Moi même, en vacances une semaine dans ma Normandie natale, parti avec fille, sœur, neveu et nièce dans la chaumière parentale (au joli village de Saint-Georges-du-Vièvre)…


Agrandir le plan

… je ne dus ma survie sur la toile qu’à l’accès wifi de l’Office du Tourisme du village (et je remercie ici même le personnel pour son accueil sympathique, souriant et pour le petit café le dernier jour !).

Allez, un coup de pub : http://www.saintgeorgesduvievre.org/

La guerre du streaming audio

Deezer ayant été célébré par le gouvernement lors des discussions Hadopiennes (belle consécration pour un site dont les débuts furent plutôt classés du côté des pirates…), un regain d’intérêt se manifeste pour les divers sites de streaming audio. Orange vient même de lancer le sien : WorMee.

Un comparatif serait intéressant. En attendant j’ai testé un peu Jiwa, ça ressemble beaucoup à Deezer, en moins flashy. La base de titres semble aussi un peu moins fournie mais c’est assez rapide, ergonomique et sans pub (pour le moment).

Pour illustrer, une toute petite compil’ des titres qui ont illuminés mon adolescence (parfois tardive). Je la complèterai par la suite.

Le salaire du créateur

Le projet de loi Hadopi aura peut-être pour seul mérite, voire pour seul effet, de remettre sur le devant de la scène la question de la « nécessaire rémunération des artistes ». Posé comme ça, c’est à dire comme un menhir dans une lande bretonne, ça semble une évidence éternelle qu’un artiste doit être rémunéré. Derrière le préchi-précha que tout le monde a le droit de vivre de son travail, on en arrive à considérer la création artistique comme un « travail » et c’est là que le bat blesse comme on dit.

Je ne suis pas du tout spécialiste de la question du droit d’auteur, mais il me semble que le droit patrimonial n’a jamais signifié que l’art était une marchandise comme les autres, quoiqu’en ai pensé Warhol (mais est-ce si sûr ?). Il me semble normal que, lorsqu’une exploitation commerciale est faite du travail d’un artiste, celui-ci ai le droit de percevoir une somme d’argent qui pourra être forfaitaire ou/et un pourcentage sur le produit de la vente. Le créateur ou l’interprète est rétribué dans ce cas, c’est légitime, et on pourra s’étonner qu’il le soit si peu, en pourcentage sur le prix total du produit, alors qu’il en est lui même la valeur intrinsèque. Vous achèteriez un CD d’Universal ? non, vous achetez un CD de Thomas Dutronc ou de Yves Simon. Universal on s’en fout. Le disque serait auto-produit, pour nous, le client, ce serait la même chose. Sauf qu’il serait sans doute moins cher et qu’il rapporterait davantage à son auteur.
Mais là n’est pas la question. J’achète un CD (ou un DVD) : c’est à la fois un objet (parfois esthétique, informatif, valorisant), une technologie (j’achète une qualité sonore irréprochable, du moins en théorie) et un contenu. Mais il faudrait distinguer : si j’achète bien un objet CD, je ne fait que bénéficier (ou pas) d’une technologie et je n’ai aucune possession sur le contenu. En fait, je ne paie pas le contenu. Je paie pour l’obtenir c’est tout. La preuve en est, que j’ai parfaitement le droit de le faire entendre à toutes les personnes présentes chez moi (il n’y a que l’exécution publique qui donne lieu à l’intérêt de la SACEM), que je peux le prêter à qui je veux, le revendre, le donner, etc. et que je peux l’écouter autant de fois que je veux. Ce n’est pas l’auteur qui me donne ces droits là, c’est juste la possession de l’objet CD.

Je plains les producteurs et techniciens de disques : le système qui génère pour une bonne part leurs revenus, qui a été mis en place et jamais révisé par les maisons de disques, repose sur le commerce d’un objet. Supprimez l’objet, il n’y a plus de revenus directs. Cela a fait la fortune des maisons de disques (les « majors ») et cela fera la paupérisation et peut-être la disparition, sous leur forme actuelle, des métiers de la musique. Les compagnies, pour leur part, réviseront leur « business plan » et trouveront d’autres débouchés, quitte à réduire beaucoup la voilure. Mais ce sont les bénéfices qui comptent, peu importe le chiffre d’affaire.

Si je télécharge le même album sur Internet, j’ai le choix entre un téléchargement dit légal, donc payant et cher (pratiquement le même prix que le bon vieux CD que je reçois le lendemain en commandant par un disquaire en ligne) et le téléchargement dit illégal, donc gratuit. Pendant quelques temps les fichiers téléchargés légalement avaient la particularité d’être bridés de plein de manières diverses et variées, mais avec la généralisation du format MP3 et l’abandon des DRM ils sont devenus aussi utilisables, et parfois meilleurs techniquement, que les fichiers illégaux. Un vrai progrès, en somme. Sauf que les fichiers légaux sont condamnés à se retrouver sur les serveurs illégaux… et la boucle est bouclée. Le problème de la musique dématérialisée est insoluble.
Ce qui explique aussi que la seule réponse qu’ait trouvé le gouvernement soit une usine à gaz juridique et technique qui débouche inévitablement sur une utopie de filtrage intégral du net français. Et qui ne rapportera rien de plus au créateurs, donc de moins en moins, en suivant la même pente que celle de la vente de CD.

Si on repose le problème de façon plus provocatrice : les artistes ne sont pas des salariés ni des artisans, s’ils vivent de leur création c’est un privilège rare mais rien ne semble justifier qu’il faille payer à priori pour pouvoir les entendre, les lire ou les voir. Eux-même ne devraient pas le souhaiter mais plutôt désirer que leur création soit le plus largement accessible, librement, à tous. Internet permet cela, tout comme les bibliothèques. Que l’on paie pour les voir en concert, pour obtenir des mises en support ou en valeur de leur création, des produits dérivés…, évidemment. C’est aussi une manière pour leur public de soutenir leur travail et il en a toujours été ainsi.

Le vrai danger c’est la destruction du tissu professionnel qui permet aux artistes de réaliser leurs oeuvres. Et c’est pourquoi la licence globale est bonne. Quelle autre dispositif permettrait de continuer à irriguer la profession de façon régulière et responsable ? Tout comme la taxe sur la copie apposée aux support de stockage, qui sans autoriser la copie hors du cercle de famille, permet d’en compenser la pratique, la licence globale ne légaliserait pas la contrefaçon lucrative mais dépénaliserait la copie personnelle donc le P2P.

J’en suis là dans mes réflexions…

Une question de rythme

Plus de deux semaines sans poster le moindre article…

En lançant ce blog, j’avais eu l’irréaliste présomption de penser à faire un article quotidien. Ce qui ne s’est réalisé… qu’une fois. Daniel Bourrion pouvait bien m’en dissuader gentiment (et je l’en remercie !) mais je dois avouer n’y avoir jamais cru moi-même.

Se pose donc la question du rythme idéal. Car je me connais, à courir trop de lièvres je me retrouverais sans mal à errer derrière des fantasmes de velléités. Mon éditeur en sait quelque chose qui attends, depuis combien d’années ?, l’arrivée d’un manuscrit enfin achevé. Il faut se discipliner ! Mais aussi se couler dans l’énergie du projet. Avec ses hauts et ses bas. Courant alternatif par nécessité.

Trouver son souffle, son pas, sa mesure. A vue de nez, et parce que je me connais depuis le temps que je jachère et désherbe mes plantations, je dirais qu’une fréquence de deux articles par semaine est tenable. Un seul pour les moments d’overbooking mal gérés (les vies associative, familiale, professionnelle…) ou de ceux de grande misère intellectuelle. Trois pour les pics euphoristiques.

Et ce genre d’article sans intérêt, compte-t-il ? Bien sûr.

Neulander (Smoke + fire) : l’album sorti de nulle part

Neulander est une énigme pour moi. Comment ces deux-là ont pu produire en 2004 un album miraculeux (pour moi, s’entend) et disparaitre de la scène, je ne me l’explique pas. Miraculeux à plus d’un titre : il est rare que j’ai autant écouté un disque et à chaque fois retrouvé les mêmes émotions ou encore d’autres. Et ce disque est difficile à classer, complexe, croisement de toutes sortes d’influences et pourtant sobre, simple et presque minimaliste. Survolé par une voix étrange et étrangère. (*)

Neulander c’est le groupe. On a juste les informations fournies par leur label Disko B ici et . Et abondamment reprises partout.

neulander.jpg

Et une page MySpace.

Pour résumer, Neulander c’est l’association, pour un album, de Korinna Knoll, artiste graphiste et chanteuse d’origine autrichienne et de Adam Peters, anglais .  Si la première semble pratiquement inconnue, le second est un musicien renommé, violoncelliste, compositeur et surtout arrangeur et instrumentiste pour des groupes anglais phares des années 80 : Echo and The Bunnymen, Souxie and The Banshees ou encore Lloyd Cole.

Il s’installe à New York ensuite, où il travaille sur des musiques de films et de séries TV. C’est là qu’il rencontre Korinna Knoll. Le couple, marié dans la vie, travaille ensemble sur le projet Neulander. Leurs premiers enregistrements ( CD 4 titres « Sex, God + Money ») en 2003 sont remarqués par le New York Times et la critique musicale. L’année suivante sort l’album 10 titres « Smoke + fire » et une tournée américaine puis européenne (Allemagne, Autriche) jusqu’en 2005.

Le couple quitte New York cette année-là pour s’installer en Californie à Joshua Tree dans le désert. Les motivation de Adam Peters  : «  »Nous avons voulu vivre au milieu de nulle part à proximité de quelque chose. Nous avons suffisamment visité de galeries d’art et avons été à suffisamment de concerts et je n’ai pas envie de voir ou d’entendre quoi que ce soit d’autre. Tout ce que je voulais faire était de travailler. » (source)

Sur la page MySpace on peut écouter deux morceaux inédits et voir deux photos : une de concert et une de leur jardin sans doute : un hamac, des cactus, un foyer éteint et un lapin en spectateur.

Découvrez la playlist Neulander avec Neulander

(*) qui n’est pas sans me faire penser à celle de Lætitia Sadier
la chanteuse de Stereolab.

Recharger son e-book à l’e-bib (partie 3)

Résumé des précédents épisodes : si l’offre des lecteurs d’e-books se développe rapidement, on constate que les bibliothèques sont encore assez prudentes à proposer des livres électroniques et plus encore des lecteurs. La faute au prix des appareils ou à leur inadaptation aux spécificités des bibliothèques ?

L’un et l’autre sans doute. Et si la solution était dans l’énoncé du problème ?

Imaginons un lecteur d’e-book spécialement conçu pour les bibliothèques, que l’on pourrait prêter aux usagers. Il pourrait répondre aux exigences suivantes :

- facile d’usage (navigation par une croix comme sur une console de jeu, par exemple)
- solide
- capable de lire les e-books audios
- doté d’une prise USB permettant le transfert des fichiers d’e-books et de recharger la batterie
- doté d’un récepteur Wifi permettant l’accès Internet, limité au site de la bibliothèque (informations, agenda, catalogue, compte), et le téléchargement des fichiers d’e-books

Pour faire baisser au maximum le prix, la mémoire interne serait limitée aux besoins de l’appareil (faible évolutivité), les formats de fichiers supportés pourront exclure ceux demandant le paiement d’une licence d’usage, le système utilisé serait un linux adapté (licence gratuite et stabilité). A part l’écran, qui doit représenter la plus grosse part du coût, le reste des technologies est très bon marché et éprouvé. (Le Kindle est d’ailleurs conçu sur la même base avec quelques raffinements supplémentaires : clavier, gestion email et photos, réseau 3G, etc).

Fabriqué en OEM (Original equipment manufacturer) avec ce cahier des charges (ou trouvé en marque blanche s’il existe déjà), je pense que le prix unitaire pourrait ne pas dépasser les 100 € pour plusieurs milliers de pièces fabriquées. Un fournisseur traditionnel de matériel pour bibliothèque ou mieux encore un groupement professionnel (dans l’esprit de Carel) pourrait se charger du cahier des charges, de trouver un fabricant (il existe aussi de nombreuses sociétés de sourcing en Chine pour cela) et d’assurer la vente.

A 100€, la plupart des bibliothèques, même de taille moyenne, pourraient se constituer un parc de lecteurs robustes, standardisés et parfaitement adaptés.

Imaginons :

Je viens m’inscrire à la bibliothèque de ma ville. L’inscription est gratuite bien entendu (la gratuité fera à coup sûr l’objet d’un prochain article) et je me vois proposé le prêt d’un lecteur d’e-books. Je m’étonne qu’un objet de cette valeur me soit confié mais aussitôt la personne de l’accueil me ramène à la réalité : « il s’agit d’un lecteur qui ne fonctionne que pour les e-books que nous proposons, l’accès Internet est limité aux services de la bibliothèque, vous ne pourriez pas en faire grand chose si vous le gardiez pour vous.  » A la vue de l’appareil, dépouillé et robuste, je remarque qu’on ne peut pas le confondre avec le design sophistiqué des produits commerciaux. Il s’agit d’un outil avant tout. Je l’allume, le démarrage dure quelques secondes, il me demande mon numéro d’inscription et mon code secret. La saisie se fait avec un clavier virtuel sur l’écran. Un menu apparait, la liste de mes livres est encore vide. Une icône m’indique que le réseau Wifi de la bibliothèque est accessible, je sélectionne « télécharger », une liste de nouveautés apparait et une zone de saisie pour faire ma recherche. Pour commencer, je me laisse tenter par le nouveau Dennis Lehane, de toute façon l’exemplaire imprimé est indisponible pour longtemps. Les 800 pages sont téléchargées en quelques dizaines de secondes. Pour varier les plaisirs, je télécharge aussi un essai sur l’économie mondiale et un recueil de poésie, pourquoi pas, ça fait des années que je n’en ai pas lu. J’éteins l’appareil, emprunte quelques magazines et DVD. Au moment où j’allais sortir, sans prendre de livre, de « vrai livre », j’ai un remord et ajoute un ouvrage sur la peinture de Rauschenberg. Les livres d’art sur e-book ne sont pas pour tout de suite… Pris dans les embouteillages sur le chemin du retour, je me laisse tenter à allumer le petit lecteur. La lisibilité est excellente et en grossissant un peu les caractères je peux lire sans difficulté en le posant sur le siège du passager. J’en oublierai presque l’évolution du trafic…  Dans la soirée, je m’installe dans mon canapé avec le fameux lecteur. Posé sur un genou, il s’avère léger, silencieux et ne chauffe pas, tout le contraire d’un ordinateur portable. L’écran est lisible même à la lumière tamisée du lampadaire et sans fatigue. Je décide de tenter un autre téléchargement : le réseau Wifi de ma maison est trouvé immédiatement, il faut que j’entre le mot de passe WPA, et tout de suite je retombe sur la page d’accueil de la bibliothèque. Très bien, je connais la procédure. Puis je vais voir sur mon compte ce que j’ai emprunté et les dates de retour. L’autonomie est d’une vingtaine d’heure avec la batterie… de quoi tenir une grande nuit blanche !

Recharger son e-book à l’e-bib (partie 2)

On a vu que l’idée d’Amazon pour faire exister le e-book repose sur un concept global ou le lecteur (la liseuse) est une sorte de terminal vers le magasin Amazon qui lui est dédié. Mais pas seulement, car les leçons d’expériences malheureuses avec des solutions trop fermées ont portées leurs fruits. Le Kindle est aussi capable d’accéder à Internet, de lire des fichiers PDF ou Word et d’envoyer des emails. Tout cela de façon très limitée, il va sans dire, le produit n’a pas vocation a être détourné de son usage premier : commander chez Amazon.

Transposons toute cette belle mercatique à nos bibliothèques…

Tout d’abord, qu’en est-il des e-books (les livres) en bibliothèques ?

Au travers des offres de librairies virtuelles comme Numilog ou Cyberlibris certaines bibliothèques permettent le prêt ou la consultation en ligne de documents, le plus souvent en format PDF. La proposition est intéressante, permettre la lecture d’ouvrages sans qu’il soit nécessaire de se rendre à la bibliothèque, mais souffre à mon sens de nombreuses limitations gênantes (observations faites suite à un survol rapide, il est vrai) :

- les offres des bibliothèques sont assez limitées en nombre de titres (j’ai noté un maximum de 1200 titres pour une BU mais souvent il s’agit de quelques centaines voire quelques dizaines de titres)

- la multiplicité des formats de fichiers rendus nécessaires par les diverses plates-formes disponibles (ordinateurs, PDA, mobiles), même si le PDF est toujours disponible mais avec des incompatibilités de version selon les cas, rend le choix difficile

- les limitations de droits sur ces fichiers selon leur origine et leur nature (impression, copie, transfert, etc… possibles ou non)

- l’absence d’interopérabilité (la plate-forme Windows est nettement privilégiée et parfois seule fonctionnelle)

Pour résumé, on ressent un intérêt des bibliothèques pour les e-books, sans doute une volonté de ne pas prendre de retard sur une offre en plein développement, mais aussi une certaine prudence liée probablement à l’incertitude face à la demande, à la complexité des technologies proposées et à leur manque de souplesse et de confort.

Il est vrai que, si la consultation d’un documentaire sur un écran d’ordinateur est pratique, la lecture d’un roman est beaucoup plus pénible. Ce qui explique, je pense, que certaines bibliothèques proposent essentiellement des documentaires alors que l’offre des librairies virtuelles est beaucoup plus large. Si l’ordinateur, trop statique ou trop lourd, et le PDA ou son successeur le mobile de dernière génération (Smartphone, iphone) à l’écran trop petit, sont inappropriés pour une lecture plaisante et similaire à celle d’un livre imprimé, le lecteur d’e-book est lui totalement conçu dans ce but. Je suis convaincu que la « lecture », et non pas la « consultation » de livres électroniques, ne peut passer que par un outil spécifique capable d’apporter un enrichissement de l’usage du livre sans trop retirer à ce qui fait la commodité de l’imprimé.

Par ailleurs, en offrant la possibilité de changer la taille des caractères sans difficulté, en étant parfois capable de lire des textes audio, la liseuse électronique peut apporter beaucoup au public souffrant de difficultés de vue.

Le prêts de lecteurs d’e-books en bibliothèque se heurte à quelques difficultés et en premier lieu au prix des appareils. Une expérience menée par une bibliothèque en Espagne résume bien la situation. Alors, instrument pour publics spécifiques, outils pour professionnels ou étudiants ? Dans un premier temps, on peut envisager de cibler quelques besoins très bien identifiés et de proposer le prêt de liseuses à ces publics. Mais cela ne sera pas satisfaisant longtemps, surtout si l’usage s’en répand peu à peu, notamment par le biais du monde du travail comme outil de consultation de documentation ou d’archives (littérature grise). Après tout, c’est ainsi que l’informatique est entrée dans les maisons.

Une autre voie pourrait être la diffusion d’un lecteur d’e-book spécialement conçu pour les bibliothèques. Cela fera l’objet de la troisième partie de cet article.

Mogwai : la plaine et l’orage

Mogwai est depuis plusieurs années l’un de mes groupes favoris. Je pourrais néanmoins tirer ici une assez longue liste… mais les groupes dont on attend la possibilité d’un concert, que l’on se réserve pour une rencontre à venir, ne sont pas si nombreux finalement (Wedding Present, Stereolab, Smashing Pumpkins, Portishead, Chemical Brothers, Air, …)

Quand j’ai vu qu’ils passaient en concert à l’Astrolab à Orléans je n’ai pas trop eu d’hésitation. C’était le mois dernier et je suis toujours sous le choc.

Difficile de décrire cette musique assez austère et pas toujours « aimable ». La classification post-rock en vigueur n’a pas de sens précis. Mogwai ce sont des morceaux le plus souvent instrumentaux, faits de ruptures plus ou moins violentes entre des plages immenses d’un paysage sonore se déployant peu à peu vers le lointain (l’influence de leur Écosse natale peut-être) et des murs de sons opaques et presque palpables. Merci d’ailleurs à l’ingénieur du son qui obtient ce miracle que les tympans soient toujours fonctionnels après ces concerts…

Musique en suspension, en lévitation pourrait-on dire à moins que ce ne soit l’auditeur, portée par des musiciens d’une précision horlogère. Association parfaite des lignes de guitares et de la musique électronique. Héritiers tout autant de Sonic Youth que de Steve Reich.

L’album live « Government Commissions : BBC » en est le témoignage fidèle.


Découvrez Mogwai!